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Pourquoi on ne fait pas un mix des 2 propositions ?

Lorsque l’on commence un projet, il est d’usage de proposer plusieurs pistes, puisqu’on est en phase de recherche, d’exploration. Ce travail aide le client autant que le designer à trouver la meilleure réponse possible au brief.

Parfois, la meilleure piste est loin devant les autres et ces dernières sont reléguées automatiquement au rang de faire-valoir (= les copines moches). Le designer a exploré des idées, et l’une d’entre elles s’est imposée naturellement, presque de façon darwiniste. Selon la relation avec le client, on peut même ne montrer que celle-ci.

Parfois, le choix est plus compliqué : le client ou le chef de projet est semi-satisfait par les différentes propositions, mais il n’adhère réellement à aucune. Il ne déteste rien. Il n’adore rien. Il ne sait pas. Perdu, il va alors essayer de rationaliser sa pensée pour donner un retour clair (= bonne intention). Et va disséquer tous les éléments dans chaque proposition pour les trier dans 2 colonnes : J’AIME / J’AIME PAS. Bim.

Piste 1 : j’adore la composition, mais la typo me gêne. Piste 2 : j’aime bien les photos, mais la compo me plait moins.
On peut mixer la compo de la piste 1 avec le style de la piste 2 et essayer cette autre typo ?

mix-des-pistes-graphiques

Un Cassandre mixé à des photos de banque d’images = banco ! On tient l’outrage.

C’est là que l’atrocité survient. Le client, même si ça ne lui plait pas, ne peut que constater que le designer a obéi à sa requête. Il valide. En apparence, tout le monde a fait son job… En oubliant le principal : le rendu final.

Le problème de ce retour client : il verbalise mal ce qui ne va pas

Le client n’a pas une grande connaissance du design (et c’est normal : ce n’est pas son métier), il peut donc faire des remarques inexploitables. Le designer le signale. Mais parfois, pour des raisons de deadline, de mauvaise communication, d’impatience après la version 42-bz-0112, ça ne passe pas. Alors qu’il est facile de comprendre que…

Une piste est un ensemble homogène d’éléments qui cohabitent ensemble harmonieusement

Comme pour un gâteau au chocolat. Enlever un élément (du chocolat) pour le remplacer par un autre (des citrons) risque de faire péricliter tout l’équilibre de la créa. L’alchimie entre les éléments est encore plus importante que les éléments eux-mêmes : ce qui fonctionne dans un contexte ne marche pas obligatoirement dans un autre.
La marque risque alors d’affaiblir son impact visuel, ou d’envoyer un message bancal.

Une bonne façon de formuler un retour à son designer : ouvrir le dialogue

“Je ne sais pas trop, aucune des pistes ne me convient vraiment… Peux-tu m’aider à comprendre pourquoi ?”
Cette question honnête donne l’occasion au designer de réagir avec sa propre expertise. Il sort alors du “feeling” pour amener le client sur le terrain du design. Il pose des questions et use de maïeutique pour mieux comprendre les impératifs et contraintes métier de son interlocuteur. Il affine le brief initial en prenant du recul sur la créa.

Un 2ème brief, plus précis, plus mûr, peut découler de ce retour : “finalement, la priorité est (…), on peut retravailler la créa pour donner plus d’importance à (…), pour rester dans les codes de (…), pour donner un style plus (…), ?”
Client & designer, en faisant chacun un pas l’un vers l’autre, font naître de leur dialogue une 3ème piste pertinente, cohérente, affinée (l’accord parfait, tel un camembert avec son Saint-Emilion) (à la vôtre).

Inspiré par un “pourquoi” envoyé par Tommy Boucherot.

Pourquoi je dois écrire un brief ? Tu sais ce que je veux à peu près.

L’étape du brief est sans doute la partie la plus importante d’un projet. Et souvent la plus négligée, entraînant beaucoup d’incompréhension, de temps, d’efforts inutiles, et donc de perte de confiance entre le client et le designer.
Voici comment un début de projet design devrait se dérouler, dans un monde idéal.

1. Le client fait part d’un besoin au designer

Exemple : j’ai besoin d’un logo pour ma nouvelle société, j’ai besoin qu’on refasse mon site web, …

2. Client et designer font une première réunion ensemble

Où ils abordent le sujet et précisent ce que chacun attend de l’autre. C’est une discussion où le designer peut mieux cerner le périmètre de son intervention : “j’ai besoin d’un logo” veut souvent dire “et aussi de cartes de visite, de papier à entête, d’un masque PowerPoint, d’une charte graphique, donc en fait d’un kit d’identité visuelle”. Designers, n’hésitez pas à poser trop de questions à ce moment-là pour être bien certain de comprendre les documents que le client attend.

Cette étape sert à exprimer clairement le besoin du client, qui ne connait pas forcément le métier, afin de :

  • se mettre d’accord sur les attentes précises du client
  • lister les livrables (juste un JPG ou une charte graphique entière ?)
  • chiffrer le projet en temps et en budget, pour éviter toute surprise en cours de route (“ah il faut aussi inclure la version anglaise sur le site ?”)
3. Le client rédige un brief

Il peut s’agir d’un document très simple d’une seule page, où l’on va formaliser et faire comme un petit compte-rendu de la réunion. C’est une garantie à la fois pour le client, et pour le designer : le client s’assure ainsi que le projet respectera bien sa demande dans les moindres détails, et le designer s’en sert comme feuille de route tout au long du projet pour valider tous ses choix (vert ou bleu ?).

Je vous propose un modèle de brief design* synthétique et conçu avec amour au fil des années. Il pose toutes les questions importantes et se termine par une petite checklist à destination du client. Ce document doit être repris à la fin du projet pour vérifier que tous les points demandés initialement sont bien respectés.

Que risque-t-on si l’on prend cette étape à la légère ?

Le client risque : que le designer ne comprenne pas bien le sujet, qu’il reçoive des informations essentielles pour orienter son travail alors qu’il a déjà passé du temps sur le projet, qu’il ne rende pas tous les livrables en temps et en heure, que le budget initialement prévu soit dépassé à cause des aller-retours inutiles… Bref, le client risque de perdre du temps et payer plus cher que la valeur des livrables.

Le designer risque : que le client ne soit pas satisfait et ne fasse plus appel à lui, qu’il ne comprenne pas le processus et qu’il se sente lésé, que des modifications incessantes interviennent en cours de route (modifications qui ne sont souvent que le reflet de l’inquiétude et de la méconnaissance du client vis-à-vis du métier)… Bref, le designer risque de passer trop de temps, d’énergie et peut-être même de perdre un client.

 

Sur ce, je vous laisse avec une très mignonne vidéo de Sara Shin sur le sujet :)

 

* Les éléments décrits dans ce modèle de brief sont des questions auxquelles le client doit répondre, comme par exemple : existe-t-il déjà une charte graphique ? Comment va-t-on mesurer le succès du projet ? Si le client n’est pas à l’aise avec ce document, le designer doit l’aider à le remplir en l’orientant sur des exemples possibles de réponse, mais ne pas faire lui-même les questions et les réponses, au risque que le document ne reflète pas exactement ce que le client souhaite (= début d’incompréhension = warning warning).

 

Proposer un pourquoi