L’anecdote de Picasso

picasso

La légende dit que Pablo Picasso dessinait dans un parc, lorsqu’une femme le reconnut et l’aborda.
“C’est vous, Picasso, le grand Picasso ! Oh, faites mon portrait, je vous en supplie !”
Picasso s’exécuta. Après l’avoir observée pendant un moment, il fit son portrait, d’un seul geste, en un coup de crayon. Et le tendit à la femme.
“C’est parfait ! Vous avez réussi à capturer mon essence en un instant, en un geste. Merci. Combien vous dois-je ?”
Il demanda 5000 dollars.
“Quoi ? 5000 dollars ?! Comment pouvez-vous exiger autant, alors qu’il ne vous a fallu qu’une seule seconde pour faire ce dessin ?!”

Il répondit alors : “Non madame, cela m’a pris ma vie entière.”

 

Au-delà de l’anecdote, et parce qu’aucun designer digne de ce nom ne prétendrait avoir 1/100ème du génie de Picasso, ni son métier, cette légende sert à illustrer un propos : même si ça semble facile, rapide, et un peu magique aux yeux d’un novice, on ne réalise jamais une créa en 5 minutes. On le fait en 5 minutes + toutes les années d’expérience, d’erreurs, d’expérimentations, de faux pas, de recommencements, d’observation, de culture graphique, d’essais et de réussites qui précèdent ces 5 minutes. Et qu’on l’on met à votre service, dans la réalisation d’une créa qui répond à un brief.

Si vous trouvez cette posture prétentieuse, essayez de changer un joint de culasse les yeux fermés, comme le ferait votre mécanicien. Pourquoi ce serait différent pour le design ?

On entend souvent parler de talent, comme si cette pratique professionnelle était innée. Mais personne ne naît en sachant faire du design. Rappelez-vous de ce type au fond de la classe, très fort en dessin : avait-il reçu un don divin à la naissance ou passait-il son temps à travailler son trait, son style ? Quelles sont les chances pour que vous ayez croisé un génie en 4ème B, plutôt que quelqu’un qui travaillait non-stop ?

Les designers, pour la plupart, sont des gens qui ont choisi de faire ce qu’on appelle aujourd’hui un “métier passion”, c’est-à-dire une activité rémunérée basée sur une démarche qui les intéresse profondément, qui a plus de sens pour eux qu’un tableau rempli de chiffres. Le design sert, entre autres, à donner des indices visuels qui aident à comprendre les messages émis par des marques. Ce n’est pas moins noble, moins sérieux, moins pro que la compta.

“Métier passion” ne veut pas dire “métier sans contraintes”. On imagine le designer cheveux aux vents, libre de toute emprise matérielle, exécutant sa prose visuelle entouré de petits violons imaginaires, vivant de pixels et d’eau fraîche.
Ceux que je connais préfèrent les burgers. La confusion vient du fait que l’on confond souvent design et art.

Le design est un art appliqué à l’industrie, qui répond à des contraintes de marché et non à une inspiration divine. Rassurez-vous : ce n’est pas parce que le designer passe plus de temps sous Photoshop que sous Excel que son métier est moins crédible. Et il est régulièrement confronté à des gens qui ne comprennent pas sa profession. Qui décrédibilisent l’expertise, par méconnaissance ou par mauvaise foi. Pour commencer, ça fera donc 5000 dollars. Hors taxes.

 

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